Julie, 23 ans : Folle et épanouie
22 août 2010
Musique d’ambiance : “Half Mast” d’Empire Of The Sun
Julie est folle. Elle est donc libre. Elle a 23 ans, elle habite seule à Paris et elle ne dort jamais avant 5 heures du matin, même quand elle doit aller en cours tôt le lendemain. Quotidiennement, elle se bat pour que les droits de l’Homme soient respectés dans le monde entier. Une chose qu’elle a voulue que précise. Particulièrement les droits de la femme.
“Je vis épanouie à partir du moment où je suis libre, car mes désirs si simples comme marcher la nuit, slalomer entre les piétons avec de la musique dans les oreilles sont quand je le souhaite réalisés : et c’est très bon pour le moral”, me raconte-elle, “car c’est jouissif.” “Je suis une femme libre et épanouie, et surtout folle, et j’assume, j’assume fièrement ce que je suis.”
Soudain, à peine assis et le coca bu (avec trois glaçons) dans son petit appartement, Julie me balance : “Suis-moi, cette nuit va être belle et magique.” Évidemment, naïf, je le fais. Je la suis, je laisse tout tomber, je ne compte plus le temps, car j’entre dans un moment magique et très personnel. Elle est tout simplement en train de se raconter à travers la pratique. Cette femme est géniale. Elle court, elle marche, elle slalome entre les piétons au rythme de “Half Mast” d’Empire Of The Sun (sa musique préférée, l’hymne de sa philosophie et de sa magnifique personnalité). Et quand un garçon fait craquer Julie, elle l’embrasse, tout naturellement ; imaginez la tête surprise de ces garçons. Puis imaginez leur sourire…
Il est dix-huit heures trente et cela fait déjà une quarantaine de minutes que je cours après Julie, tous les deux amusés par ce moment de folie et ce partage d’humanisme. Faisons ce qu’on souhaite, pour le bien de l’Humanité. Nous passons par la Tour Eiffel et le Champ-de-Mars qui commence à se remplir de touristes. Le taux d’humanité constaté (rapidement, je l’admets) à ce moment-là était de 52%, ce qui est pas mal pour l’heure qu’il était. Puis, nous arrivons à Saint-Michel, non loin de Notre-Dame de Paris.
Les cheveux à l’air, Julie passe par les portes du Gibert Jeune du coin, en courant, toujours. Elle descend les escaliers avec un élan de folie au rez-de-chaussée de la papeterie. Surement sans comprendre ce qu’elle faisait, elle attrape un bloc-notes, des post-its et un stylo à l’encre rose. Elle file rapidement à la caisse, toujours et toujours dans le rythme de “Half Mast” d’Empire Of The Sun. Elle donne poliment mais rapidement quelques pièces à la caissière et puis s’en va, sans reprendre ni la monnaie, ni un sac de quoi ranger ce qu’elle a acheté. La caissière avait l’air amusée lorsqu’elle a compris à quoi on jouait.
Julie remonte les escaliers, puis je les remonte de même, en courant derrière elle qui est à plusieurs mètres devant moi. Au fur et à mesure de courir, elle pose des post-its… Le premier, écrit en gros et à l’encre rose : “J”. Nous traversons maintenant les Champs-Élysées. Elle pose un second post-it, sur un arbre avec écrit : “e”. Lorsqu’une colombe m’arrache le post-it de la main… Apparemment, les post-its sont une suite censée me faire passer un message. Mais lequel ? Pour le moment, ça donne “je”.
Je cours toujours, essoufflé mais au bord de l’orgasme, absolument fasciné par l’expérience humaine que je vis. Sans me l’avertir (évidemment), elle prend un taxi, tout en se mettant du rouge à lèvres, rouge foncé. Évidemment, sans moi. Comme le but est que je dois la suivre, je prends moi aussi un taxi et demande de suivre le taxi dans lequel est Julie. Après une dizaine de minutes de trajet, nous arrivons dans une chic avenue, — je ne sais laquelle, je n’ai pas le temps de comprendre –, devant un hôtel. Je cours toujours derrière elle, lorsqu’elle pose un troisième post-it sur la porte d’entrée de l’hôtel, avec écrit : “t’”. Pour le moment, ça fait : “Je t’”. Je cours toujours, et elle pose un quatrième post-it sur les escaliers de l’hôtel : “a”. Nous arrivons au premier étage, toujours à se courir derrière. Julie est très sportive, décidément… Elle pose sur chaque porte des cinq chambres de l’étage un post-it. “i”. Puis “m”. Puis “e”. Et pour finir, un dernier avec dessiné un cœur. Le message est : “Je t’aime.” Je l’aime.
Puis plus aucun post-it. J’arrive au second étage… Et une seule porte est ouverte. Une fois arrivé devant la porte, à peine ouverte, se trouve devant le bloc-notes que Julie a acheté au Gibert Jeune, ouvert sur une page avec délicieusement écrit : “Fais-moi l’amour.” J’entre. Julie est nue.
Quelle folle nuit.
Christophe Duman
23 août 2010 at 13:13
Magnifique parcours d’amour ,presque initiatique!
J’aime beaucoup cette façon d’écrire entre réel et rève absolu..