“Bonjour monsieur, que faites-vous là ?”

10 février 2010

Musique d’ambiance. http://www.deezer.com/listen-4289675

Je regarde mes chaussures déchirées. Je suis à Paris, je ne sais plus où. Il est environ dix-neuf heures quand un homme bien habillé vient interpeller mon esprit occupé.

-          Bonjour monsieur, que faites-vous là ?

-          Rien Monsieur. Je ne fais rien.

-          Que faites-vous là monsieur ? Je suis de la sécurité de cette boutique-là et vous gênez nos clients monsieur.

-          Je me répète, que faites-vous là monsieur ? Qui êtes-vous ?

-          Je ne fais rien. Je suis un veilleur de la nuit, prêt à sauver le monde.

-          Monsieur. Vous vous payez ma tête là c’est bien ça ? Vous voulez que j’appelle la police ? Tenez un billet de dix euros et allez-vous-en. Fini-t-il, en tenant un billet de dix euros, visiblement très confiant de lui.

Monsieur. Je suis veilleur de la nuit, une sorte d’ange, Philosophe et messager du Ciel à la recherche de la simple Paix et du Bonheur, prêt à aider n’importe qui. Je n’ai rien et je suis beaucoup plus heureux que vous et votre salaire minable qui doit avoisiner trois à cinq fois le SMIC. Je suis là, je regarde les gens et j’ai l’envie de changer le monde. Je ne suis pas quelqu’un de malveillant et je pense que cela se remarque très facilement. Maintenant, laissez-moi tranquille.

Il m’a regardé, puis a avalé sa salive qui ne traversait pas sa gorge et a honteusement lâché « Désolé. » ; puis a dit à ses collègues « Laissez-le. » Face à cette situation inhumaine, j’ai décidé de partir de là. Je suis ému, mais je préfère ignorer ce qui s’est passé, car ça ne changera pas jusqu’à une faillite de cette même boutique, et ainsi, ils finiront peut être par comprendre et redescendre sur terre. Hélas, je suis habitué à ce genre de situations. J’ai continué à marcher, marcher, quand j’ai fini par prendre le métro.

Je descends du métro, tout le monde est pressé, au téléphone ou les baladeurs dans les oreilles, puis j’arrive à Saint-Michel. Dans les couloirs du métro, – envahis par la saleté -, un musicien chante devant une petite foule. Il était heureux, et il chantait bien. Le message passait tellement bien et le moment était tellement beau et symbolique que j’ai mis ma main dans mes poches, j’ai trouvé la pièce de un euro qui devait faire mon repas du soir et aussi du lendemain matin, et je l’ai posée à ses pieds.  Il a alors arrêté de chanter alors qu’il était en plein refrain devant une foule excitée et a crié, très touché, « Monsieur ! », avant que je ne m’envole dans Paris, oui Paris, la ville où la folie du Capitalisme fait l’immaturité, là où la Philosophie fait effet sur malheureusement que très peu de gens.

Je n’ai pas mangé de la nuit. Mais ce n’est pas grave. Ce n’est pas le plus important. On est le lendemain et je continue à marcher, marcher jusqu’à que la Beauté de la relation humaine sans méfiance et la Paix sans capitalisme font cette grande ville usée.

Je suis jeune et motivé.

Écrit par Christophe Duman. Émotion. Premier récit “classé” dans la catégorie Art. Vous remarquerez que l’homme de la sécurité interpelle le jeune homme avec “monsieur” sans majuscule sauf pour la dernière réplique, où il exprime sa fermeté. Et vous remarquerez aussi que, “de un euro” n’est pas écrit “d’un euro”, pour symboliser la pièce.

Merci.

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